ACÉNOCOUMAROL
L'essentiel à retenir
L'acénocoumarol est un anticoagulant oral de la famille des antivitamines K (AVK), classé dans le groupe ATC B01AA07. Cette substance active est utilisée pour prévenir la formation de caillots sanguins dans diverses situations à risque thromboembolique. Elle est commercialisée en France sous les noms SINTROM et MINI-SINTROM par le laboratoire Merus Labs. Ces médicaments sont soumis à prescription médicale obligatoire (liste I) et bénéficient d'un remboursement par la Sécurité sociale à 65%.
Indications thérapeutiques
L'acénocoumarol est prescrite dans les situations suivantes :
Prévention des complications thromboemboliques des maladies cardiaques : - Troubles du rythme cardiaque (fibrillation auriculaire, flutter, tachycardie atriale) - Certaines maladies des valves cardiaques (valvulopathies mitrales) - Prothèses valvulaires (valves cardiaques artificielles)
Après un infarctus du myocarde compliqué : - Présence d'un caillot dans le cœur (thrombus mural) - Dysfonctionnement sévère du ventricule gauche - Zones du cœur ne se contractant plus normalement (dyskinésie emboligène)
Traitement des caillots veineux : - Phlébite (thrombose veineuse profonde) - Embolie pulmonaire - Prévention de la récidive de ces complications
Dans tous ces cas, l'acénocoumarol est utilisé en relais de l'héparine, un autre anticoagulant d'action plus rapide.
Points de sécurité essentiels
⚠️ Surveillance obligatoire de l'INR : Ce traitement nécessite une surveillance régulière par prise de sang (INR) pour ajuster la dose et éviter les complications hémorragiques.
⚠️ Risque hémorragique majeur : L'acénocoumarol peut provoquer des saignements graves, parfois mortels. Tout saignement anormal doit conduire à consulter immédiatement.
⚠️ Interactions multiples : De nombreux médicaments modifient l'effet de l'acénocoumarol. Ne jamais débuter ou arrêter un traitement sans avis médical.
⚠️ Alimentation : Maintenir un apport régulier en vitamine K (éviter les variations importantes de consommation de choux, épinards, brocolis).
⚠️ Populations à risque accru : - Personnes âgées de plus de 65 ans - Poids inférieur à 50 kg - Insuffisance hépatique ou rénale - Antécédents d'ulcère ou de saignements
⚠️ Signes d'alerte nécessitant une consultation immédiate : saignements de nez répétés, hématomes spontanés, sang dans les urines ou les selles, maux de tête intenses, vomissements de sang.
Comment ce médicament est-il utilisé ?
Formes pharmaceutiques disponibles
L'acénocoumarol existe uniquement sous forme orale : - Comprimés quadrisécables à 4 mg (SINTROM) - Comprimés à 1 mg (MINI-SINTROM)
Voie orale (seule voie disponible)
Administration : - Une prise par jour, toujours à la même heure - Prise recommandée le soir pour permettre l'adaptation de dose après les résultats d'INR - Avaler avec un verre d'eau
Posologie adulte standard : - Dose initiale habituelle : 2 à 4 mg par jour - Dose d'équilibre déterminée selon l'INR (objectif généralement entre 2 et 3) - Pas de dose de charge
Surveillance biologique : - Premier contrôle INR après la 3ème prise - Contrôles fréquents jusqu'à stabilisation (1 à 2 fois par semaine) - Puis espacement progressif jusqu'à un contrôle mensuel maximum
Ajustements posologiques
Sujets âgés (≥ 65 ans) : - Dose initiale réduite (généralement ½ à ¾ de la dose adulte) - Surveillance renforcée
Population pédiatrique : - Réservé aux services spécialisés - Doses calculées selon l'âge et le poids - Surveillance plus fréquente (INR tous les 15 jours maximum)
Insuffisances d'organes : - Insuffisance rénale sévère : généralement déconseillé - Insuffisance hépatique modérée : doses réduites et surveillance accrue
Noms commerciaux et présentations
Toutes les présentations d'acénocoumarol sont commercialisées par Merus Labs Luxco II (Luxembourg) :
| Nom commercial | Forme | Dosage | Prix TTC | Remboursement |
|---|---|---|---|---|
| SINTROM | Comprimé quadrisécable | 4 mg - 30 comprimés | 3,00 € | 65% |
| MINI-SINTROM | Comprimé | 1 mg - 20 comprimés | 2,19 € | 65% |
Aucun générique de l'acénocoumarol n'est actuellement disponible en France. SINTROM est la spécialité de référence (princeps) pour cette substance active.
Effets indésirables possibles
Le principal effet indésirable de l'acénocoumarol est le risque hémorragique qui peut toucher tout organe.
Hémorragies fréquentes : - Saignements de nez (épistaxis) - Saignement des gencives - Hématomes cutanés - Saignements gastro-intestinaux
Effets rares : - Réactions d'hypersensibilité (urticaire, éruption cutanée, démangeaisons) - Nausées, vomissements - Chute de cheveux (alopécie)
Effets très rares : - Inflammation des vaisseaux sanguins (vascularite) - Atteinte hépatique - Nécrose cutanée localisée (souvent liée à un déficit en protéine C ou S) - Douleurs articulaires isolées
Fréquence indéterminée : - Anémie secondaire aux saignements - Diarrhée avec ou sans stéatorrhée - Calciphylaxie (calcification vasculaire rare mais grave) - Néphropathie associée aux anticoagulants
En cas de grossesse (contre-indiqué) : - Malformations congénitales (embryopathie coumarinique) - Anomalies du développement cérébral
Contre-indications et précautions
Contre-indications absolues : - Allergie à l'acénocoumarol ou aux dérivés coumariniques - Insuffisance hépatique sévère - Hypertension artérielle sévère non contrôlée - Grossesse (sauf femmes enceintes avec valve mécanique cardiaque) - Association avec certains médicaments (miconazole, millepertuis, doses élevées d'aspirine)
Précautions particulières : - Risque hémorragique élevé (ulcère récent, varices œsophagiennes, chirurgie récente) - Insuffisance rénale sévère - Altération des fonctions cognitives - Risque de chute chez la personne âgée
Conduite et utilisation de machines : Aucun effet sur l'aptitude à conduire n'a été rapporté, mais la vigilance est recommandée en cas de traitement récent ou mal équilibré.
Grossesse et allaitement
Grossesse : L'acénocoumarol est contre-indiqué pendant la grossesse en raison de risques graves pour le fœtus : - Malformations congénitales (4 à 7% des expositions entre 6 et 9 semaines) - Anomalies cérébrales (1 à 2% des expositions après 9 semaines) - Hémorragies fœtales et néonatales - Risque accru de fausse couche et de mortalité fœtale
Exception : chez les femmes enceintes portant une valve cardiaque mécanique avec risque thromboembolique élevé, le bénéfice peut justifier l'utilisation sous surveillance spécialisée.
Allaitement : L'allaitement est possible car l'acénocoumarol passe en très faible quantité dans le lait maternel. Un supplément en vitamine K1 est recommandé pour l'enfant en cas d'allaitement exclusif.
Femmes en âge de procréer : Une contraception efficace est obligatoire pendant le traitement et jusqu'à 3 jours après l'arrêt. Tout projet de grossesse doit être anticipé pour permettre un relais thérapeutique.
Interactions médicamenteuses
L'acénocoumarol présente de très nombreuses interactions médicamenteuses nécessitant une surveillance renforcée de l'INR.
Associations contre-indiquées : - Aspirine à doses anti-inflammatoires (≥ 1g/prise) ou antalgiques avec antécédent d'ulcère - Miconazole (voie générale ou gel buccal) - Millepertuis
Associations déconseillées : - Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) - Certains antibiotiques (sulfaméthoxazole) - Certains anticancéreux (fluoro-uracile, imatinib) - Défibrotide
Précautions d'emploi (surveillance INR renforcée) : - Antibiotiques : fluoroquinolones, macrolides, certaines céphalosporines - Antifongiques : fluconazole, voriconazole - Médicaments cardiovasculaires : amiodarone - Paracétamol à doses maximales (4g/jour) pendant plus de 4 jours - Corticoïdes
Interactions alimentaires : - Aliments riches en vitamine K : choux, épinards, brocolis, asperges - Recommandation : maintenir un apport régulier sans variation importante
Évaluation par la HAS
La spécialité SINTROM 4 mg (laboratoire Merus Labs) a fait l'objet d'une évaluation par la Haute Autorité de Santé :
- Service Médical Rendu (SMR) : Important
- Justification : "Le service médical rendu par SINTROM et MINISINTROM reste important en prévention des complications thromboemboliques en rapport avec une FANV, dans le traitement des TVP et EP et la prévention de leurs récidives, en relais de l'héparine."
- ASMR : V (pas d'amélioration du service médical rendu)
- Référence : Dossier CT n°16069
L'évaluation confirme l'intérêt thérapeutique de l'acénocoumarol dans ses indications, tout en précisant qu'elle n'apporte pas d'avantage par rapport aux autres options thérapeutiques disponibles (autres AVK et nouveaux anticoagulants oraux).
Spécialités contenant ACÉNOCOUMAROL
| Nom commercial | Forme | Laboratoire | Type |
|---|---|---|---|
| SINTROM 4 mg, comprimé quadrisécable | comprimé quadrisécable | MERUS LABS LUXCO II (LUXEMBOURG) | Princeps |
| MINI-SINTROM 1 mg, comprimé | comprimé | MERUS LABS LUXCO II (LUXEMBOURG) | Princeps |
Questions Fréquentes
L'ACÉNOCOUMAROL est-il remboursé par la Sécurité sociale ?
Oui, SINTROM et MINI-SINTROM sont remboursés à 65% par l'Assurance maladie. Le ticket modérateur peut être pris en charge par une mutuelle complémentaire.
L'ACÉNOCOUMAROL nécessite-t-il une ordonnance ?
Oui, l'acénocoumarol est un médicament de prescription obligatoire (liste I). Il ne peut être délivré qu'avec une ordonnance médicale valide.
Existe-t-il des génériques de l'ACÉNOCOUMAROL ?
Non, aucun générique de l'acénocoumarol n'est actuellement commercialisé en France. Seules les spécialités SINTROM et MINI-SINTROM sont disponibles.
Combien de temps dure un traitement par ACÉNOCOUMAROL ?
La durée varie selon l'indication : 3 mois minimum pour les thromboses veineuses, traitement à vie pour certaines cardiopathies ou prothèses valvulaires. Seul le médecin peut décider de la durée appropriée.
Peut-on arrêter l'ACÉNOCOUMAROL brutalement ?
Non, l'arrêt doit toujours être progressif et supervisé médicalement en raison du risque de thrombose de rebond. Un relais par héparine peut être nécessaire selon la situation.
Que faire en cas d'oubli d'une prise ?
Si l'oubli est constaté dans les 8 heures : prendre la dose. Au-delà : ne pas prendre et reprendre normalement le lendemain. Ne jamais doubler la dose. Signaler l'oubli lors du prochain contrôle INR.
L'ACÉNOCOUMAROL interagit-il avec l'alcool ?
L'alcool peut modifier l'effet de l'acénocoumarol. Une consommation modérée et régulière est préférable à des excès ponctuels qui déstabilisent l'INR.
Pathologies associées
ACÉNOCOUMAROL peut être prescrit dans le cadre des pathologies suivantes :
Sources et mentions légales
- Source : RCP officiel ANSM, consulté le 2026-02-07 00:36:06
- Avis HAS : Service médical rendu Important pour SINTROM dans ses indications (dossier CT-16069)
- Lien BDPM : https://base-donnees-publique.medicaments.
Dernière mise à jour : 2026-02-13
Avertissement : Cette page est fournie à titre informatif uniquement. Elle ne remplace en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé (médecin, pharmacien). Consultez toujours un professionnel de santé avant de prendre, modifier ou arrêter un traitement médicamenteux.