Oligurie : reconnaître une diminution des urines, en rechercher la cause et la traiter

L’oligurie correspond à une production d’urine anormalement faible. [1] Chez l’adulte, elle est notamment définie par un volume inférieur à 500 mL en 24 heures ou par un débit inférieur à 0,5 mL par kilogramme et par heure. [1] Le seuil pondéral de 0,5 mL/kg/h est également utilisé chez l’enfant, tandis que le seuil indiqué chez le nouveau-né est inférieur à 1 mL/kg/h. [1] Les seuils et la durée d’observation peuvent toutefois varier selon le contexte clinique et les critères employés. [1] [2] L’oligurie est un signe à interpréter avec l’état général, les apports et pertes de liquide, les médicaments, les maladies associées et les résultats des examens. [1] [2]
Quelles sont les principales causes d’une oligurie ?
Les causes sont classées en trois grandes catégories : pré-rénales, rénales et post-rénales. [1] [2] Une cause pré-rénale diminue le débit sanguin qui parvient aux reins, sans correspondre nécessairement au départ à une lésion du tissu rénal. [1] [2] Elle peut notamment être liée à un saignement, à des pertes de liquide, à un apport insuffisant, à un faible débit cardiaque ou à un sepsis. [1] Une cause rénale atteint directement le rein, comme une nécrose tubulaire aiguë consécutive à une hypoperfusion prolongée, à une rhabdomyolyse, à un produit de contraste ou à certains médicaments néphrotoxiques. [1] Une cause post-rénale empêche l’écoulement de l’urine en raison d’une obstruction des voies urinaires. [1] [2] Cette obstruction peut être due, entre autres, à une sonde urinaire bouchée, à une hypertrophie de la prostate, à un calcul, à une rétention postopératoire ou à un trouble de la vessie. [1]
Quels signes peuvent orienter vers la cause ?
Une forte envie d’uriner malgré l’absence ou la faiblesse du jet peut évoquer une obstruction à la sortie de la vessie. [1] Une soif associée à l’absence d’envie d’uriner peut orienter vers une diminution du volume de liquide circulant. [1] Une vessie distendue à l’examen est en faveur d’une rétention ou d’un obstacle à l’écoulement. [1] [2] Une hypotension ou une accélération du rythme cardiaque peut accompagner une hypovolémie ou un sepsis, tandis qu’une fièvre peut orienter vers un sepsis. [1] Des urines brun foncé peuvent évoquer la présence de myoglobine, notamment dans un contexte de lésion musculaire importante. [1] Aucun de ces indices ne suffit isolément à déterminer la cause de la diminution des urines. [1] [2]
Quand une évaluation urgente est-elle nécessaire ?
Une oligurie aiguë suspectée justifie une évaluation médicale urgente afin d’identifier rapidement une cause potentiellement réversible. [2] Une admission hospitalière rapide peut être nécessaire, car une oligurie aiguë peut accompagner une insuffisance rénale aiguë et des complications potentiellement graves. [2] Les complications décrites comprennent notamment une accumulation de liquide, un œdème pulmonaire, une élévation du potassium, une acidose, des troubles du rythme cardiaque, une confusion ou des convulsions. [2] Une baisse brutale des urines chez une personne hospitalisée ou porteuse d’une sonde doit être signalée immédiatement à l’équipe soignante. [1] [2]
Comment le médecin recherche-t-il l’origine de l’oligurie ?
L’évaluation commence par la chronologie de la baisse des urines et par la recherche d’une soif, d’une envie d’uriner, de pertes de liquide, d’un traumatisme, d’une intervention récente ou d’une maladie associée. [1] [2] Le médecin examine aussi les médicaments et les administrations récentes de produits de contraste susceptibles d’avoir contribué au problème. [1] [2] L’examen clinique évalue notamment la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la température, l’état d’hydratation, les signes d’infection, l’état cardiaque et une éventuelle distension de la vessie. [1] [2] Une prise de sang peut mesurer les électrolytes, l’urée et la créatinine afin d’apprécier la fonction rénale et de guider la recherche de la cause. [1] [2] Une analyse d’urine et certaines mesures comparant le sang et les urines peuvent aider à distinguer une baisse de perfusion rénale d’une atteinte rénale intrinsèque. [1] [2] Une échographie de la vessie ou des voies urinaires peut rechercher une rétention ou une obstruction. [2] Chez une personne porteuse d’une sonde, l’équipe vérifie en priorité qu’elle n’est ni bouchée, ni coudée, ni déplacée. [1] [2]
Quels sont les principes du traitement ?
Le traitement vise la cause de l’oligurie plutôt que la seule augmentation du volume des urines. [1] [2] Une obstruction doit être levée, une diminution du volume circulant peut nécessiter une correction adaptée et un débit cardiaque insuffisant doit être pris en charge. [1] Les médicaments potentiellement toxiques pour les reins sont réévalués par les professionnels, avec adaptation ou remplacement lorsque cela est indiqué. [1] [2] Il ne faut pas arrêter, reprendre ou remplacer seul un traitement prescrit en raison d’une baisse des urines. [2] Les apports de liquide doivent être individualisés, car une correction insuffisante peut entretenir une hypoperfusion tandis qu’un excès peut provoquer ou aggraver une surcharge liquidienne. [2] Dans le contexte opératoire, l’oligurie ne doit pas déclencher à elle seule une administration systématique de liquide ou de diurétique sans évaluation de la volémie et de l’état hémodynamique. [3] Une insuffisance rénale irréversible ou compliquée peut nécessiter un traitement de suppléance rénale, tel qu’une hémodialyse ou une hémofiltration. [1] [2]
Surveillance, suivi et prévention
La surveillance porte sur l’évolution du volume urinaire, l’état d’hydratation, la pression artérielle, la fonction rénale et les électrolytes. [1] [2] Après un épisode, le suivi dépend de la cause, de la récupération de la fonction rénale, des maladies associées et des traitements en cours. [2] Un suivi médical régulier est recommandé, avec un avis néphrologique si le médecin l’estime nécessaire. [2] La prévention repose notamment sur une hydratation adaptée à la situation médicale et sur l’absence d’automédication, en particulier avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens. [2] Chez une personne porteuse d’une sonde urinaire, l’apprentissage des soins de sonde et la surveillance du débit contribuent à repérer rapidement un dysfonctionnement. [2] Une modification de la couleur, un aspect mousseux ou la présence de dépôts dans les urines doit être signalée au professionnel qui assure le suivi. [2]
Sources et références
[1] Oligurie - Réanimation - Édition professionnelle du Manuel MSD
Manuels MSD · Consulté le 2026-09-13
[2] Oliguria - StatPearls - NCBI Bookshelf
www.ncbi.nlm.nih.gov · Consulté le 2026-09-16
[3] The correlation of intraoperative oliguria with acute kidney injury after noncardiac surgery: a systematic review and meta-analysis
www.ebi.ac.uk · Version : 2023-03-01 · Consulté le 2026-09-16
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