Atrophie optique autosomique dominante : symptômes, diagnostic et prise en charge

L’atrophie optique autosomique dominante, aussi appelée atrophie optique dominante ou syndrome de Kjer, est une neuropathie optique héréditaire qui touche le plus souvent les deux yeux. [1] [2] Elle résulte d’une perte des cellules ganglionnaires de la rétine, chargées de transmettre les informations visuelles de la rétine vers le cerveau. [1] La baisse visuelle commence le plus souvent de manière insidieuse pendant l’enfance, puis progresse lentement, mais son importance et son évolution varient fortement d’une personne à l’autre, y compris au sein d’une même famille. [1] [2]
Quelle est la cause de cette atrophie optique ?
L’atrophie optique dominante est causée majoritairement par un variant pathogène du gène OPA1, mais d’autres gènes responsables de neuropathies optiques héréditaires peuvent être impliqués. [1] OPA1 intervient dans le fonctionnement et l’organisation des mitochondries, structures qui participent à la production d’énergie dans les cellules. [2] Les anomalies de ce gène peuvent perturber le fonctionnement mitochondrial et favoriser la disparition des cellules ganglionnaires de la rétine, puis l’atrophie du nerf optique. [2] La maladie est rare, avec une fréquence estimée à environ une personne sur 30 000 dans la synthèse française de 2021. [1]
Quels sont les effets sur la vision ?
La manifestation principale est une diminution progressive de l’acuité visuelle, généralement dans les deux yeux. [1] [2] La vision centrale est classiquement atteinte, avec une zone moins bien perçue appelée scotome central ou centro-cæcal. [1] [2] Une altération de la perception des couleurs, appelée dyschromatopsie, peut également être constatée. [1] [2] La perte visuelle reste modérée dans la majorité des cas, mais certaines personnes présentent une déficience visuelle sévère pouvant atteindre le seuil de cécité légale. [1] Certaines formes s’expriment très peu ou n’entraînent pas de retentissement fonctionnel évident, ce qui peut rendre leur identification familiale plus difficile. [1] [2]
La maladie peut-elle toucher d’autres fonctions ?
Environ 20 % des atrophies optiques dominantes décrites dans la synthèse française sont associées à des manifestations extra-oculaires, le plus souvent neurologiques. [1] Ces formes, parfois désignées par le terme AOD+, peuvent associer une perte auditive neurosensorielle ou une neuropathie auditive, une neuropathie périphérique, une atteinte musculaire ou une atteinte neurologique centrale. [1] [2] Une ataxie ou une ophtalmoplégie externe progressive font également partie des manifestations rapportées dans le spectre élargi lié à OPA1. [2] Ces signes ne sont pas constants et peuvent apparaître chez l’adulte jeune, après le début de l’atteinte visuelle. [1] [2] De très rares formes précoces, sévères et touchant plusieurs organes peuvent ressembler à une maladie mitochondriale multisystémique. [1]
Comment le diagnostic est-il établi ?
Le diagnostic de neuropathie optique repose d’abord sur un examen ophtalmologique qui documente la baisse visuelle et l’atteinte des cellules ganglionnaires de la rétine. [1] Le fond d’œil peut montrer une atrophie optique, tandis que l’examen du champ visuel recherche notamment une atteinte centrale. [1] La tomographie par cohérence optique, ou OCT, mesure notamment l’épaisseur de la couche des cellules ganglionnaires de la rétine. [1] L’évaluation peut aussi comprendre une mesure de l’acuité visuelle et des tests de vision des couleurs. [1] Une histoire familiale compatible avec une transmission autosomique dominante renforce l’hypothèse diagnostique, mais l’expression parfois très discrète de la maladie chez certains apparentés doit être prise en compte. [1]
Le diagnostic moléculaire recherche un variant pathogène présent sur une copie du gène OPA1. [1] Cette recherche peut être réalisée par un panel de gènes responsables de neuropathies optiques héréditaires isolées ou syndromiques, ou par séquençage de l’exome. [1] Le test génétique complète l’évaluation clinique et permet de préciser la cause moléculaire de la maladie. [1]
Quel suivi est recommandé ?
Un suivi ophtalmologique régulier sert à évaluer l’évolution de l’atteinte visuelle, qui reste la manifestation principale de la maladie. [1] La synthèse française recommande une recherche initiale des manifestations neurologiques par un neurologue ou un pédiatre, puis leur surveillance pendant le suivi médical. [1] Le dépistage auditif doit être réalisé au moment du diagnostic, puis réévalué au cours du suivi. [1] Une correction auditive peut être proposée en cas de perte auditive ou de difficulté à comprendre la parole dans le bruit liée à une neuropathie auditive. [1] Des implants cochléaires peuvent être envisagés en cas d’atteinte auditive sévère. [1]
Quels soins peuvent aider au quotidien ?
La synthèse française de 2021 ne rapportait aucun traitement ayant démontré son efficacité sur l’atrophie optique dominante elle-même. [1] La correction optique peut néanmoins améliorer la vision lorsque le trouble visuel comporte une composante corrigeable. [1] En cas de déficience visuelle sévère, un bilan fonctionnel permet de déterminer les moyens de réadaptation en basse vision les plus adaptés. [1] Des aménagements liés à la déficience visuelle peuvent notamment être nécessaires chez les enfants dont l’acuité visuelle est basse. [1] Dans les formes invalidantes, le médecin traitant peut aussi informer la personne sur les prises en charge médico-sociales et les possibilités de soutien psychologique. [1]
Quelles précautions sont proposées ?
Le PNDS propose, de manière empirique, d’éviter le tabagisme, l’alcoolisme et les situations favorisant des carences vitaminiques, notamment les régimes alimentaires stricts. [1] Il conseille également une protection solaire oculaire et une protection contre les traumatismes sonores chroniques ou aigus, bien que le bénéfice de ces mesures ne soit pas scientifiquement démontré pour cette maladie. [1] Une vigilance particulière est recommandée à l’égard des médicaments neurotoxiques et de certains antibiotiques, dont les tétracyclines, les aminosides, les macrolides, les chloramphénicols et l’éthambutol. [1] La synthèse précise qu’il n’existe pas de preuve permettant d’en faire des contre-indications systématiques, mais que d’autres molécules peuvent être privilégiées lorsqu’un choix d’efficacité équivalente existe. [1]
Pourquoi une consultation de génétique est-elle utile ?
La consultation de génétique médicale aide à identifier les cas familiaux, y compris les personnes dont la maladie est peu ou pas symptomatique. [1] Un examen ophtalmologique des apparentés du premier degré est conseillé. [1] Cette démarche peut repérer des enfants ayant besoin d’aménagements en raison d’une acuité visuelle basse. [1] En cas de projet parental, la consultation permet d’expliquer le risque de transmission et de discuter les possibilités de diagnostic prénatal ou préimplantatoire. [1] Le médecin traitant ou le pédiatre peut coordonner le suivi entre l’ophtalmologiste, le généticien, le spécialiste de l’audition et le neurologue lorsque celui-ci est nécessaire. [1]
Où en est la recherche sur les traitements ?
Une revue scientifique publiée en 2025 décrit plusieurs pistes de recherche, notamment les oligonucléotides antisens, la thérapie génique, l’édition génétique, l’idébénone et des approches cellulaires. [2] Certaines stratégies cherchent à augmenter la production de protéine OPA1 normale, tandis que d’autres visent à corriger ou à compenser les conséquences de variants particuliers. [2] Les données disponibles proviennent encore largement d’études précliniques, d’essais précoces ou de petites séries de patients. [2] Les résultats concernant l’idébénone restent insuffisants pour établir avec certitude son efficacité dans l’atrophie optique dominante, et les auteurs demandent des essais prospectifs de plus grande ampleur. [2] Les traitements géniques et cellulaires mentionnés dans cette recherche ne doivent donc pas être confondus avec des traitements de routine dont l’efficacité serait établie. [1] [2] La diversité des variants génétiques, la lenteur et la variabilité de l’évolution ainsi que la rareté de la maladie compliquent l’évaluation de ces nouvelles approches. [2]
Sources et références
[1] Proposition de présentation des documents de recommandations et références professionnelles
Haute Autorité de santé · Consulté le 2026-09-11
[2] IT TAKES TWO TO TANGO: potential novel therapies for autosomal dominant optic atrophy
www.ebi.ac.uk · Version : 2025-11-05 · Consulté le 2026-09-16
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