Acrodynie : signes, diagnostic et principes de prise en charge

L’acrodynie est un syndrome rare provoqué par une intoxication chronique au mercure ou par une sensibilité individuelle particulière à ce métal. [1] Elle associe des manifestations cutanées et générales, souvent dominées par des extrémités rouges et douloureuses. [1] Son nom signifie « extrémités douloureuses », mais l’acrodynie ne se résume pas à une douleur des mains ou des pieds. [1] Elle est aussi appelée maladie rose ou maladie de Feer dans la littérature médicale. [1]
Qui peut être atteint et quelles expositions sont en cause ?
L’acrodynie est surtout décrite chez les nourrissons et les jeunes enfants, même si elle peut également toucher d’autres âges. [1] Elle est plus souvent associée au mercure élémentaire et aux sels inorganiques qu’aux formes organiques du mercure. [1] La toxicité dépend notamment de la forme du mercure, de la voie et de la durée d’exposition, de l’âge, de l’accumulation dans les organes et des maladies associées. [1] Les vapeurs de mercure élémentaire sont plus facilement absorbées que le mercure élémentaire avalé, dont l’absorption digestive est habituellement faible. [1]
Des cas ont été rapportés après des expositions accidentelles domestiques ou non professionnelles à des produits contenant du mercure. [1] Les sources décrites comprennent notamment certains anciens thermomètres, des batteries, des lampes fluorescentes, des peintures, des fongicides, des pommades, des remèdes traditionnels ou des médicaments de médecine alternative contaminés. [1] La recherche d’une exposition doit donc porter sur l’environnement domestique, les activités professionnelles et les produits utilisés par la personne ou son entourage. [1]
Quels sont les signes de l’acrodynie ?
Chez l’enfant, les premiers signes peuvent être peu spécifiques, avec irritabilité, somnolence inexpliquée, perte d’appétit, amaigrissement, apathie, transpiration accrue et douleurs des extrémités. [1] La douleur et la fonte musculaire peuvent réduire l’envie de jouer et l’activité habituelle. [1] Une rougeur peut ensuite apparaître sur les doigts, les orteils et le bout du nez. [1] Les paumes et les plantes des pieds peuvent devenir gonflées, douloureuses, très moites, colorées de rose ou d’une teinte plus sombre, puis peler. [1] Des vésicules, des démangeaisons, des lésions dues au grattage ou une infection cutanée secondaire sont également possibles. [1]
D’autres manifestations comprennent des tremblements, une faiblesse générale, des troubles du sommeil, une salivation excessive, des gencives gonflées et des atteintes des ongles ou des dents. [1] Une sensibilité à la lumière, une conjonctivite ou une inflammation de la cornée peuvent accompagner le tableau. [1] Une élévation de la pression artérielle et une accélération du rythme cardiaque sont aussi décrites. [1] La diversité de ces manifestations explique que le début puisse ressembler à de nombreuses autres maladies. [1]
Comment le diagnostic est-il établi ?
Le diagnostic repose sur l’association des symptômes, de l’examen clinique et de la recherche minutieuse d’une exposition possible au mercure. [1] L’évaluation peut comprendre la mesure du mercure dans le sang et les urines, ainsi que des examens destinés à rechercher les conséquences de l’intoxication sur les reins, le foie, le sang et l’équilibre métabolique. [1] Une collecte des urines sur 24 heures peut être utilisée pour estimer la concentration urinaire de mercure. [1] Des examens neurologiques, cardiovasculaires ou neuropsychologiques peuvent être ajoutés en fonction des manifestations observées. [1]
La concentration de mercure mesurée dans les liquides biologiques n’est pas toujours proportionnelle à l’intensité des symptômes. [1] L’analyse du mercure dans les cheveux a été décrite pour les intoxications chroniques, mais son interprétation peut être trompeuse. [1] Un résultat isolé ne suffit donc pas à confirmer ou à exclure personnellement une acrodynie sans interprétation clinique. [1]
Quelles maladies peuvent lui ressembler ?
L’acrodynie peut être difficile à reconnaître parce qu’elle est rare et que ses signes cutanés et généraux manquent parfois de spécificité. [1] Les atteintes des mains et des pieds peuvent notamment évoquer une desquamation après une infection virale, une dermatosе plantaire juvénile, une érythermalgie ou une maladie de Kawasaki. [1] Les manifestations générales peuvent aussi faire rechercher une infection sévère, une maladie de la thyroïde, une hypertension d’une autre origine ou une atteinte neurologique. [1] Des intoxications par d’autres métaux, dont l’arsenic, le cuivre ou le thallium, peuvent produire un tableau ressemblant. [1] La présence d’extrémités rouges ou douloureuses ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à une acrodynie. [1]
Quels sont les principes des soins ?
La première étape essentielle du traitement consiste à supprimer la source d’exposition au mercure. [1] Une décontamination adaptée de l’environnement domestique ou professionnel peut faire partie de la prise en charge. [1] Les soins visent également à corriger les déséquilibres hydriques et électrolytiques et à traiter les complications telles que l’hypertension, l’atteinte rénale, les douleurs ou les infections cutanées. [1] Après une intoxication par inhalation de mercure élémentaire, la surveillance des fonctions vitales est nécessaire. [1]
Un traitement chélateur peut être employé pour fixer le mercure et favoriser son élimination. [1] Le choix du chélateur dépend notamment de la forme du mercure et des risques propres au médicament. [1] Le dimercaprol doit être évité dans l’intoxication au mercure, car il peut aggraver l’accumulation du métal dans le système nerveux. [1] La D-pénicillamine n’est pas utile contre les formes organiques du mercure et peut provoquer des effets indésirables graves, notamment rénaux. [1] Ces traitements nécessitent donc une décision et une surveillance médicales plutôt qu’une utilisation autonome. [1]
Quelle est l’évolution possible ?
L’évolution dépend de l’âge, de la sensibilité individuelle, de la quantité de mercure et de la durée de l’exposition. [1] Le pronostic est variable, mais il est souvent favorable lorsque l’exposition est interrompue et que le traitement est adapté. [1] Une exposition courte peut être suivie d’une récupération complète après l’arrêt du contact avec le mercure. [1] Des atteintes neurologiques ou cognitives durables, une incapacité et une altération de la qualité de vie restent toutefois possibles lorsque les lésions sont irréversibles. [1] Un suivi régulier et l’évaluation de l’environnement sont présentés comme des éléments importants de la prise en charge. [1]
Comment prévenir une nouvelle exposition ?
La prévention repose sur l’identification de la source de mercure et sur sa décontamination par une méthode adaptée. [1] L’enquête environnementale doit tenir compte du logement, du lieu de travail et des produits traditionnels ou alternatifs susceptibles de contenir du mercure. [1] L’arrêt durable de l’exposition est indispensable pour limiter la poursuite de l’intoxication et favoriser la récupération. [1]
Sources et références
[1] Acrodynia - StatPearls - NCBI Bookshelf
www.ncbi.nlm.nih.gov · Consulté le 2026-09-16
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