Radiodermite : reconnaître et prendre en charge les réactions cutanées à la radiothérapie

La radiodermite, aussi appelée dermatite radio-induite, est une réaction de la peau aux rayonnements ionisants qui apparaît dans la zone exposée pendant ou après une radiothérapie. [2] [3] Elle peut aller d’une modification discrète de la couleur ou de la texture de la peau à une desquamation humide, une plaie, un saignement ou, dans les formes les plus graves, une ulcération ou une nécrose. [2] Sa gravité compte, car une atteinte importante peut altérer la qualité de vie et conduire l’équipe soignante à envisager une adaptation ou une interruption du traitement anticancéreux. [2] L’aspect de la peau doit être surveillé par l’équipe de radiothérapie, tandis que le patient peut contribuer à ce suivi en signalant les changements observés et les symptômes ressentis. [2]
Pourquoi la radiothérapie peut-elle irriter la peau ?
L’épiderme, couche superficielle de la peau, se renouvelle normalement grâce à des cellules situées dans sa couche basale. [2] La radiothérapie peut freiner temporairement la multiplication de ces cellules alors que les cellules superficielles continuent d’être éliminées, ce qui empêche leur remplacement au rythme habituel. [2] Une réaction inflammatoire locale s’ajoute à ce défaut de renouvellement et peut provoquer douleur, gonflement et changement de couleur. [2] Lorsque l’atteinte progresse, la couche superficielle peut disparaître par endroits et laisser une zone de peau ouverte et suintante appelée desquamation humide. [2]
Quels sont les signes d’une radiodermite ?
Les premières manifestations peuvent comprendre une coloration inhabituelle, une desquamation sèche, des démangeaisons, une sensibilité ou une sensation de brûlure. [2] Sur une peau blanche, l’inflammation apparaît souvent rose ou rouge, puis peut devenir d’un rouge plus vif lorsque la réaction s’accentue. [2] Sur une peau brune ou noire, elle peut se traduire plutôt par une zone plus foncée que la peau voisine ou par des nuances roses, rouges, bordeaux, jaunes, violettes ou grises. [2] À un stade intermédiaire, la peau peut devenir plus serrée, chaude ou dure, avec un gonflement modéré et des zones de desquamation sèche ou humide, notamment dans les plis. [2] Une atteinte plus sévère comporte une desquamation humide étendue, un écoulement et parfois un saignement provoqué par un frottement ou une abrasion minime. [2] Les formes les plus graves peuvent entraîner une ulcération profonde, une nécrose cutanée ou un saignement spontané. [2]
Quels facteurs augmentent le risque ou la gravité ?
Le risque dépend notamment de la dose reçue à la surface de la peau, de la taille de la zone traitée, de l’utilisation d’un bolus et de la localisation anatomique de l’irradiation. [2] Les traitements du sein, de la tête et du cou, de la région anale ou de la vulve exposent fréquemment la peau en raison de la proximité entre la surface cutanée et le volume traité. [2] Les plis cutanés associés à l’obésité peuvent augmenter l’exposition locale et accentuer la réaction dans ces zones. [2] Le tabagisme et la dénutrition peuvent également augmenter ou prolonger la radiodermite. [2] Une chimiothérapie ou une thérapie ciblée associée peut renforcer la gravité ou prolonger la durée de la réaction lorsqu’elle réduit la division cellulaire ou la réparation des dommages de l’ADN. [2] Certaines maladies cutanées auto-immunes préexistantes, comme le lupus ou le psoriasis, peuvent s’aggraver et parfois s’étendre au-delà de la zone irradiée. [2]
Comment la radiodermite est-elle évaluée ?
L’évaluation commence idéalement avant la radiothérapie par l’examen de l’état initial de la peau, la recherche d’une maladie dermatologique dans la zone prévue et l’identification des facteurs de risque. [2] Pendant le traitement, les soignants examinent notamment la couleur, la desquamation, le gonflement, les plaies, l’écoulement, les saignements et les conséquences sur les activités quotidiennes. [2] Des photographies peuvent compléter l’examen afin de suivre l’évolution ou la réponse aux soins lorsqu’elles sont nécessaires. [2] Plusieurs échelles de gravité existent, ce qui explique que la description ou le grade attribué puisse varier selon le système employé par l’établissement. [2] Le ressenti du patient reste important, car l’évaluation du professionnel peut sous-estimer les démangeaisons, la douleur, la brûlure ou l’impact sur la vie quotidienne. [2]
Quels soins protègent la peau pendant la radiothérapie ?
Les recommandations générales préconisent de laver quotidiennement la zone irradiée à l’eau tiède et de la sécher avec douceur. [2] Les frottements, les traumatismes, les adhésifs et les bijoux sur la zone traitée sont à éviter, tandis que des vêtements amples limitent l’abrasion. [2] La peau irradiée doit être protégée du soleil par un vêtement couvrant, y compris après la fin du traitement. [2] Une crème ou une lotion hydratante simple peut être proposée pour hydrater la zone, selon les indications données par l’équipe de radiothérapie. [2] Le déodorant est considéré comme acceptable tant que la peau n’est pas lésée. [2] Ces mesures réduisent les irritations évitables mais ne garantissent pas l’absence de radiodermite. [1] [2]
Comment les soins sont-ils adaptés à la gravité ?
Lorsque la peau reste intacte, l’équipe peut envisager un corticoïde local, mais cette option ne doit pas être appliquée sur une peau ouverte. [2] En présence de desquamation humide ou de peau ouverte, des pansements souples en silicone ou des pansements absorbants associés à un hydrogel peuvent être utilisés selon l’état de la plaie. [2] La douleur peut nécessiter un traitement antalgique prescrit et adapté par les soignants. [2] Une infection suspectée doit être évaluée par un professionnel, qui décidera si un antiseptique ou un antibiotique local est indiqué. [2] Une radiodermite avec desquamation humide étendue, écoulement ou saignement nécessite une prise en charge encadrée par une équipe multidisciplinaire. [2] En cas de nécrose ou d’ulcération profonde, une intervention chirurgicale ainsi qu’une modification ou une interruption du traitement oncologique doivent être envisagées par l’équipe spécialisée. [2]
Évolution et signes à signaler sans attendre
Les réactions aiguës proviennent surtout de l’épiderme, alors que les effets tardifs concernent davantage les structures vasculaires du derme et peuvent apparaître plusieurs mois ou plusieurs années après la radiothérapie. [2] Les changements de pigmentation peuvent s’atténuer avec le temps, tandis que les télangiectasies, qui correspondent à de petits vaisseaux visibles, peuvent persister. [2] Une radiodermite chronique peut associer des modifications durables de la vascularisation, de la pigmentation et du tissu fibreux. [2]
Une peau qui s’ouvre, devient suintante, saigne ou présente une ulcération doit être signalée sans attendre à l’équipe de radiothérapie afin que sa gravité et le risque d’infection soient évalués. [2] Le patient ne doit pas décider seul d’interrompre sa radiothérapie, car une éventuelle modification du traitement dépend de la gravité de la lésion et de l’évaluation de l’équipe spécialisée. [2]
Pourquoi les produits locaux ne sont-ils pas tous équivalents ?
Les données sur la prévention et le traitement de la radiodermite sont nombreuses, mais leur qualité et leur interprétation varient selon les interventions étudiées. [2] Une méta-analyse publiée en 2013 n’avait pas démontré d’efficacité globale des agents topiques pour prévenir les radiodermites de grade 2 ou plus ni pour augmenter la cicatrisation. [1] Des recommandations internationales plus récentes soutiennent cependant certains soins généraux et certaines options ciblées, avec des niveaux de preuve variables selon la mesure et la gravité de l’atteinte. [2] Il est donc préférable de suivre le protocole de l’équipe de radiothérapie plutôt que de choisir seul une crème, un antiseptique, un corticoïde ou un pansement. [2]
Sources et références
[1] Topical agent therapy for prevention and treatment of radiodermatitis: a meta-analysis - Database of Abstracts of Reviews of Effects (DARE): Quality-assessed Reviews - NCBI Bookshelf
www.ncbi.nlm.nih.gov · Consulté le 2026-09-16
[2] Practical recommendations for the management of radiodermatitis: on behalf of the ESTRO RTT committee
www.ebi.ac.uk · Version : 2025-03-29 · Consulté le 2026-09-16
[3] Management of Radiodermatitis in Patients With Head and Neck Cancer Undergoing Radiotherapy: A Scoping Review
www.ebi.ac.uk · Version : 2026-05-21 · Consulté le 2026-09-16
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