Électroporation irréversible : principe, déroulement et limites

L’électroporation irréversible, souvent abrégée IRE, est une technique d’ablation qui applique de brèves impulsions électriques intenses à une zone tumorale afin d’entraîner directement la mort des cellules ciblées. [1] [2] Il s’agit d’un traitement local et non d’une maladie, d’un symptôme ou d’un examen permettant à lui seul de diagnostiquer un cancer. [2] Les données cliniques présentées ici concernent principalement son utilisation comme thérapie focale du cancer localisé de la prostate et ne permettent pas de généraliser les résultats à tous les organes ou à tous les stades de cancer. [2]
Comment fonctionne l’électroporation irréversible ?
L’électroporation repose sur l’application d’impulsions électriques courtes et intenses qui perméabilisent la membrane des cellules ou des tissus visés. [1] Lorsque cette perméabilisation est irréversible, l’effet recherché est la mort des cellules et l’ablation de la zone tumorale. [1] L’IRE est décrite comme une méthode d’ablation non thermique, contrairement aux techniques qui détruisent principalement les tissus par la chaleur ou le froid. [2] Cette propriété pourrait mieux préserver certaines structures fonctionnelles voisines, notamment les vaisseaux sanguins et le tissu conjonctif, mais elle ne signifie pas que le geste est dépourvu de lésions ou d’effets indésirables. [2]
Quelle différence avec les autres formes d’électroporation ?
L’électroporation irréversible ne doit pas être confondue avec l’électrochimiothérapie, qui utilise la perméabilisation des cellules pour faciliter l’entrée de molécules cytotoxiques. [1] Elle se distingue également de l’électrogénothérapie, destinée à faciliter la pénétration d’acides nucléiques dans des applications telles que la thérapie génique, l’immunothérapie ou la vaccination. [1] Des travaux expérimentaux ont étudié l’ajout d’agents cytotoxiques lorsque l’IRE ne détruit qu’une partie des cellules exposées, en particulier lorsque le champ électrique est hétérogène dans la tumeur. [1] Ces recherches sur des lignées de cellules cancéreuses et des modèles vétérinaires ouvrent des pistes thérapeutiques, mais elles n’établissent pas à elles seules une stratégie standard chez l’être humain. [1]
Comment les patients sont-ils évalués avant le traitement ?
Dans le registre international consacré au cancer localisé de la prostate, les participants avaient un cancer confirmé par l’analyse histologique de biopsies avant de recevoir l’IRE. [2] Une biopsie cartographique guidée par échographie servait à diagnostiquer et à localiser la tumeur prostatique. [2] Une IRM multiparamétrique préopératoire était également utilisée pour déterminer le volume et la forme de la zone à traiter. [2] Ces étapes montrent que l’IRE ne remplace ni la confirmation du diagnostic ni la localisation précise de la tumeur avant une ablation focale. [2]
Comment se déroule l’intervention ?
Dans l’étude sur la prostate, des électrodes étaient placées dans la zone d’ablation préalablement définie, sous guidage échographique. [2] Le dispositif délivrait ensuite une série d’impulsions électriques à haute tension entre les électrodes. [2] L’intervention était réalisée sous anesthésie générale avec des médicaments destinés à prévenir les contractions musculaires importantes provoquées par les impulsions. [2] Les participants de ce registre restaient en observation pendant la nuit et leur sortie était prévue le lendemain, mais ces modalités ne constituent pas une règle applicable à tous les établissements ou à toutes les localisations tumorales. [2]
Quels résultats ont été observés dans le cancer localisé de la prostate ?
Le registre prospectif international a inclus 411 hommes traités par IRE pour un cancer localisé de la prostate, avec un suivi médian de 24 mois. [2] Parmi les 116 participants ayant eu une nouvelle biopsie entre 12 et 18 mois, un cancer cliniquement significatif a été retrouvé chez 24,1 % et un cancer de tout grade chez 59,5 %. [2] La présence de tissu cancéreux lors de la biopsie de contrôle montre que l’ablation ne garantit pas l’élimination complète ou durable de la maladie. [2] Certains patients dont la biopsie restait positive ont ensuite reçu un autre traitement, notamment une nouvelle IRE, une prostatectomie, une radiothérapie ou un traitement hormonal. [2]
Quels sont les effets indésirables et les limites des résultats ?
Dans le registre sur la prostate, le score évaluant les symptômes urinaires s’est détérioré à trois mois avant de revenir au niveau initial à six mois. [2] Le score de fonction érectile a diminué à trois mois et est ensuite resté inférieur à sa valeur initiale pendant le suivi rapporté. [2] Les événements indésirables recensés concernaient 1,8 % des participants à trois mois, et les événements graves étaient rares dans cette étude. [2] Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, car les données fonctionnelles et cancérologiques étaient incomplètes et seuls 28,2 % des participants ont réalisé la biopsie de contrôle prévue entre 12 et 18 mois. [2] Le suivi disponible était trop court pour établir avec certitude les résultats cancérologiques à long terme. [2]
Pourquoi une surveillance reste-t-elle nécessaire ?
Après une IRE de la prostate, le registre prévoyait une surveillance répétée comprenant des évaluations cliniques et une proposition de biopsie de contrôle à un an. [2] Une surveillance est importante parce qu’un cancer persistant ou situé dans une zone non traitée peut être retrouvé après une thérapie focale. [2] Le calendrier précis, les examens de contrôle et les mesures à prendre en cas de symptômes après l’intervention dépendent du protocole de l’équipe qui réalise le traitement. [2]
Sources et références
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