Oublier une prise, doubler une dose « pour rattraper », arrêter un antibiotique dès que l'on se sent mieux, ou encore utiliser un médicament resté dans l'armoire à pharmacie pour un symptôme qui n'est pas le sien : ces gestes du quotidien portent un nom, le mésusage. Il concerne potentiellement toute personne qui prend un médicament, prescrit ou non, et peut réduire son efficacité ou, au contraire, exposer à des effets indésirables évitables.
L'essentiel
- Le mésusage désigne toute utilisation d'un médicament qui ne correspond pas à ce qui a été prescrit ou recommandé, volontairement ou non.
- Il prend plusieurs formes : sous-dosage, surdosage, mauvaise indication ou non-respect de la durée du traitement.
- Des situations banales — fortes chaleurs, confusion entre deux flacons, achat de médicaments hors circuit officiel — favorisent ces erreurs.
- En cas de doute sur un traitement, le pharmacien ou le médecin reste l'interlocuteur à consulter, sans improviser.
Qu'est-ce que le mésusage d'un médicament ?
Le mésusage correspond à une utilisation d'un médicament qui s'écarte de ce qui est prévu par sa notice, son autorisation ou la prescription du médecin. Il peut être involontaire — une erreur de dose, un oubli — ou volontaire, par exemple lorsqu'une personne modifie elle-même son traitement en fonction de ce qu'elle ressent.
Ce phénomène ne concerne pas seulement les médicaments soumis à prescription. Il touche aussi les produits achetés sans ordonnance, dont on sous-estime parfois les interactions ou les risques en cas de prise prolongée.
Les formes les plus courantes de mésusage
Le sous-dosage
Prendre une dose plus faible que celle prescrite, espacer les prises ou arrêter un traitement avant la fin peuvent réduire son efficacité. C'est particulièrement sensible avec les antibiotiques, pour lesquels un arrêt anticipé dès l'amélioration des symptômes est un mésusage fréquent.
Le surdosage
À l'inverse, augmenter soi-même une dose, rapprocher les prises pour « aller plus vite », ou cumuler plusieurs produits contenant la même substance active sans s'en rendre compte, expose à un risque de toxicité. C'est le cas notamment lorsque plusieurs médicaments du quotidien contiennent du paracétamol sans que la personne en ait conscience.
La mauvaise indication
Utiliser un médicament pour un symptôme différent de celui pour lequel il a été prescrit — par exemple un reste d'antibiotique pour un mal de gorge d'origine virale, ou le traitement d'un proche pour une douleur similaire — constitue également un mésusage. Le médicament peut alors être inefficace, voire inadapté à la situation.
Le non-respect de la durée
Poursuivre un traitement au-delà de la durée prescrite, notamment pour certains anti-inflammatoires ou somnifères, ou au contraire l'interrompre trop tôt, fait partie des mésusages les plus répandus en automédication.
Des situations du quotidien qui favorisent les erreurs
Certaines circonstances ordinaires augmentent le risque de mésusage, souvent sans que l'on en ait conscience.
- Les fortes chaleurs peuvent altérer la conservation des médicaments et modifier leur efficacité si les conditions de stockage indiquées sur la notice ne sont pas respectées, rappelle l'ANSM.
- La confusion entre deux flacons de solutions incolores, par exemple un antiseptique et un anesthésiant, illustre un risque d'erreur d'usage lié à une mauvaise identification du produit, selon l'ANSM.
- L'achat de médicaments, notamment amaigrissants, sur des sites internet non autorisés expose à un détournement d'indication et à l'absence de tout encadrement médical ; l'ANSM a pris des mesures contre certains sites vendant ce type de produits.
Quels risques concrets pour la santé ?
Les conséquences d'un mésusage varient selon le médicament, la dose concernée et l'état de santé de la personne. Elles peuvent aller d'une simple perte d'efficacité du traitement à l'apparition d'effets indésirables qui n'auraient pas eu lieu avec un usage conforme. Un médicament pris différemment de ce qui a été prévu peut se comporter différemment.
Comment limiter les risques de mésusage
Quelques réflexes simples permettent de réduire les erreurs les plus fréquentes.
- Respecter la posologie et la durée indiquées, sans les modifier de sa propre initiative.
- Ne pas réutiliser un médicament prescrit à une autre personne, même pour des symptômes similaires.
- Vérifier la composition des médicaments pris simultanément pour éviter les cumuls involontaires d'une même substance.
- Conserver les médicaments dans les conditions indiquées sur la notice, en particulier en cas de forte chaleur.
- Se méfier des achats de médicaments en dehors des circuits officiels (pharmacie, sur ordonnance si nécessaire).
En cas de doute sur un traitement, sur une interaction possible ou sur la conduite à tenir face à un effet inhabituel, le pharmacien ou le médecin peut apporter une réponse adaptée à la situation, sans qu'il soit nécessaire ni recommandé d'improviser une modification du traitement.
Questions fréquentes
Arrêter un antibiotique dès que je me sens mieux, est-ce grave ?
Interrompre un traitement antibiotique avant la fin prescrite fait partie des mésusages les plus courants. Cela peut réduire l'efficacité du traitement sur l'infection en cours. En cas de doute sur la poursuite ou l'arrêt d'un traitement, il est recommandé d'en parler au médecin ou au pharmacien plutôt que de décider seul.
Puis-je donner un médicament qui m'a été prescrit à un proche qui a les mêmes symptômes ?
Non, ce type d'usage constitue une mauvaise indication : le médicament a été choisi en fonction de votre situation précise et n'est pas nécessairement adapté à celle d'une autre personne, même en cas de symptômes similaires en apparence.
Comment savoir si je cumule sans le savoir plusieurs médicaments contenant la même substance ?
Le plus simple est de vérifier la composition indiquée sur les boîtes ou les notices, notamment lorsqu'on associe des médicaments achetés sans ordonnance à un traitement prescrit. En cas de doute, le pharmacien peut vérifier l'ensemble des produits pris et repérer un éventuel cumul.