La Haute Autorité de santé (HAS) a publié une recommandation sur la gestion périopératoire des patients sous traitement antithrombotique, c'est-à-dire sous anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires. Elle concerne toutes les personnes qui prennent ce type de traitement au long cours et doivent subir une opération ou un acte invasif. L'objectif : éviter qu'un patient ou un professionnel isolé ne prenne seul une décision qui peut mettre en jeu à la fois le risque de saignement et le risque de caillot.
L'essentiel
- La HAS a formalisé une recommandation sur la conduite à tenir avant une opération chez les patients sous anticoagulants ou antiagrégants.
- L'enjeu est d'équilibrer deux risques opposés : le saignement pendant l'intervention si le traitement est maintenu, et la formation d'un caillot s'il est arrêté à tort.
- La décision ne revient jamais au patient seul : elle se prend en concertation entre le chirurgien, l'anesthésiste et le médecin qui a prescrit le traitement.
- Un patient ne doit jamais interrompre ou modifier son anticoagulant de sa propre initiative avant une intervention, même mineure.
Ce que change la recommandation de la HAS
Selon la HAS, une recommandation encadre désormais la gestion périopératoire des patients sous traitement antithrombotique, c'est-à-dire sous anticoagulants (comme les anti-vitamine K ou les anticoagulants oraux directs) ou sous antiagrégants plaquettaires. Ce texte vise à harmoniser les pratiques entre les différents professionnels de santé qui interviennent autour d'une opération.
Le principe général reste toutefois clair : chaque situation doit être évaluée individuellement, en tenant compte du traitement suivi, du motif de sa prescription et du type d'intervention prévue.
Pourquoi cette question est particulièrement délicate
Les traitements anticoagulants et antiagrégants réduisent la capacité du sang à former des caillots. C'est précisément ce qui les rend utiles au quotidien, par exemple pour prévenir un accident vasculaire cérébral ou une embolie chez certains patients cardiaques.
Mais lors d'une opération, cette même propriété peut favoriser un saignement plus important. À l'inverse, arrêter le traitement sans encadrement médical expose au risque inverse : la formation d'un caillot (thrombose) pouvant migrer et provoquer un accident grave.
- Poursuivre le traitement : risque hémorragique accru pendant l'intervention.
- Arrêter le traitement sans avis médical : risque thrombotique accru.
- La bonne conduite dépend du traitement précis, de la pathologie sous-jacente et du geste chirurgical prévu.
C'est cet équilibre fin qui justifie une décision collégiale plutôt qu'une règle unique appliquée à tous les patients.
Qui est concerné par cette recommandation
Sont concernées les personnes traitées au long cours par un anticoagulant ou un antiagrégant plaquettaire, quelle que soit la raison initiale de ce traitement (trouble du rythme cardiaque, antécédent de thrombose, prévention cardiovasculaire, etc.).
La recommandation s'applique lorsqu'une intervention chirurgicale ou un acte invasif est programmé. Consultez votre équipe médicale pour savoir si votre intervention entre dans le champ de cette recommandation.
Le rôle de chaque professionnel impliqué
La décision concernant la poursuite, l'adaptation ou l'arrêt temporaire d'un traitement antithrombotique avant une opération résulte d'une concertation entre plusieurs professionnels :
- le chirurgien, qui évalue le risque hémorragique lié au geste prévu ;
- l'anesthésiste, qui prend en compte l'ensemble du dossier médical du patient ;
- le médecin qui a initialement prescrit le traitement (cardiologue, médecin traitant, etc.), seul à même de juger du risque encouru en cas d'arrêt.
Le pharmacien peut également jouer un rôle d'alerte, notamment en cas d'oubli de signalement du traitement ou de question sur les modalités de prise avant l'intervention.
Ce que le patient doit faire, concrètement
Le message central de cette recommandation, du point de vue du patient, tient en une règle simple : ne jamais décider seul.
- Signaler systématiquement la prise d'un anticoagulant ou d'un antiagrégant à chaque professionnel de santé consulté, y compris pour un acte qui paraît mineur.
- Ne pas arrêter, réduire ou modifier la dose du traitement sans instruction explicite de l'équipe médicale.
- Se munir de son ordonnance et, si elle existe, de sa carte de traitement anticoagulant lors de toute consultation ou hospitalisation.
- Poser la question du délai à respecter et de la date de reprise du traitement, qui varient selon chaque situation.
En cas de doute ou de question, le médecin ou le pharmacien reste l'interlocuteur à privilégier avant toute intervention programmée.
Questions fréquentes
Puis-je arrêter moi-même mon anticoagulant avant une opération ?
Non. L'arrêt ou la modification d'un traitement anticoagulant ou antiagrégant avant une intervention ne doit jamais être décidé par le patient seul. Cette décision revient à l'équipe médicale, en fonction du traitement et du type d'opération.
Qui décide de la conduite à tenir avant l'opération ?
La décision est prise en concertation entre le chirurgien, l'anesthésiste et le médecin qui a prescrit le traitement. C'est cette équipe qui évalue le rapport entre risque de saignement et risque de caillot pour chaque situation.
Que se passe-t-il si l'opération est urgente ?
En situation d'urgence, l'équipe médicale évalue rapidement la balance entre les risques et adapte la prise en charge en conséquence. Consultez votre équipe médicale pour comprendre les protocoles applicables à votre cas spécifique.