PHÉNYTOÏNE SODIQUE
L'essentiel à retenir
La phénytoïne sodique est un antiépileptique de la classe des hydantoïnes (code ATC N03AB02), utilisé principalement dans les situations d'urgence hospitalière. Ce médicament traite l'état de mal épileptique, prévient les crises après une chirurgie du cerveau ou un traumatisme crânien grave, et peut également traiter certains troubles du rythme cardiaque lors d'intoxication digitalique. Elle est commercialisée sous les noms DILANTIN (solution injectable) et DIPHANTE (comprimés). Il s'agit d'un médicament sur liste II, nécessitant une ordonnance et réservé principalement à l'usage hospitalier.
Indications thérapeutiques
En neurologie
Traitement de l'état de mal épileptique : Situation d'urgence où les crises d'épilepsie se succèdent sans récupération entre elles, chez l'adulte et l'enfant, seul ou en association avec d'autres traitements.
Prévention des crises d'épilepsie : Après une intervention chirurgicale sur le cerveau ou chez les personnes ayant subi un traumatisme crânien grave, quand la prise par la bouche n'est pas possible.
En cardiologie
Troubles du rythme cardiaque : Traitement des troubles du rythme des ventricules (parties du cœur qui pompent le sang) lors d'une intoxication par la digitaline, en cas d'échec ou d'intolérance aux traitements de référence.
Important : La phénytoïne existe principalement sous forme orale pour l'usage courant en neurologie. Les formes décrites ici sont réservées aux situations hospitalières d'urgence où la voie orale n'est pas possible.
Points de sécurité essentiels
-
Surveillance cardiaque obligatoire : Une surveillance continue du rythme cardiaque est indispensable lors de l'injection intraveineuse en raison du risque d'arrêt cardiaque.
-
Vitesse d'injection critique : Ne jamais dépasser 1 mg/kg/min et maximum 50 mg/min chez l'adulte (25 mg/min chez la personne âgée) pour éviter l'hypotension grave.
-
Populations à risque élevé : Personnes âgées, patients en mauvais état général, insuffisance cardiaque ou hépatique nécessitent une surveillance renforcée.
-
Interactions dangereuses : De nombreux médicaments sont contre-indiqués (antiviraux, antifongiques, certains psychotropes). Vérifier systématiquement avec le médecin.
-
Signes d'alerte à surveiller : Éruption cutanée, fièvre, gonflement du visage ou difficultés respiratoires nécessitent un arrêt immédiat et une consultation d'urgence.
-
Risque de nécrose locale : En cas de fuite du produit hors de la veine, risque de nécrose des tissus pouvant nécessiter une intervention chirurgicale.
Comment ce médicament est-il utilisé ?
Formes pharmaceutiques disponibles
- Solution injectable (usage hospitalier exclusif)
- Comprimé quadrisécable (usage oral)
Voie intraveineuse (usage hospitalier uniquement)
Cette voie est réservée à l'usage hospitalier sous surveillance cardiaque continue.
Traitement de l'état de mal épileptique
Dose de charge : - Nouveau-né : 8 à 12 mg/kg - Nourrisson et enfant : 15 à 20 mg/kg - Adulte : 18 mg/kg - Personne âgée : 10 à 15 mg/kg
Vitesse d'administration : - 1 mg/kg/min sans dépasser 50 mg/min (25 mg/min chez la personne âgée) - Administration en 20 à 60 minutes
Traitement d'entretien : Après 6 à 12 heures : - Nouveau-né : 3 à 5 mg/kg/24h - Adulte : 7 à 10 mg/kg/24h
Prévention après chirurgie ou traumatisme
- Patients sans phénytoïne préalable : même posologie que l'état de mal
- Patients déjà sous phénytoïne : dose initiale de 9 mg/kg
Troubles du rythme cardiaque
- Posologie : 200 à 1000 mg en injection intraveineuse lente
- Vitesse : ne pas dépasser 50 mg par minute
Voie orale
La forme comprimé (DIPHANTE) est utilisée pour le traitement d'entretien des épilepsies selon les recommandations du médecin spécialiste.
Ajustements posologiques
- Insuffisance rénale ou hépatique : Réduction des doses nécessaire
- Personnes âgées : Doses plus faibles en raison de la diminution du métabolisme
- Surveillance : Contrôle régulier des concentrations sanguines indispensable
Noms commerciaux et présentations
Deux spécialités contenant de la phénytoïne sodique sont disponibles en France :
| Nom commercial | Forme | Dosage | Laboratoire | Prix TTC | Remboursement |
|---|---|---|---|---|---|
| DILANTIN | Solution injectable | 250 mg/5 ml | ESTEVE PHARMACEUTICALS | Non communiqué | Remboursé |
| DIPHANTE | Comprimé quadrisécable | 100 mg | KELA PHARMA | 12,71€ | Non remboursé |
Conditionnements : - DILANTIN : 10 flacons de 5 ml (usage hospitalier) - DIPHANTE : 100 comprimés sous plaquettes
Aucun générique n'est actuellement disponible pour ces spécialités.
Effets indésirables possibles
Effets cardiovasculaires (lors de l'injection)
Très graves : Arrêt cardiaque, fibrillation ventriculaire, bradycardie (ralentissement du rythme cardiaque), hypotension. Ces complications sont plus fréquentes chez les personnes âgées.
Effets sur le système nerveux
Fréquents : Mouvements involontaires des yeux (nystagmus), troubles de l'équilibre, difficultés d'élocution, confusion, vertiges, maux de tête, insomnie.
Rares : Mouvements anormaux (tremblements, chorée), neuropathie des extrémités lors d'usage prolongé.
Effets cutanés
Fréquents : Éruption cutanée avec fièvre.
Graves mais rares : Syndrome de Stevens-Johnson, nécrolyse épidermique toxique (destruction de la peau), syndrome d'hypersensibilité avec atteinte d'organes multiples.
Lors d'usage prolongé : Augmentation de volume des gencives, épaississement des lèvres, augmentation de la pilosité.
Autres effets
Digestifs : Nausées, vomissements, constipation.
Sanguins : Diminution des globules blancs, des plaquettes, anémie.
Locaux (injection) : Inflammation, nécrose au point d'injection, "syndrome du gant pourpre" (coloration et douleur de la main).
Chez l'enfant
Le profil des effets indésirables est similaire à celui de l'adulte, avec une fréquence plus élevée d'augmentation du volume des gencives.
Contre-indications et précautions
Contre-indications absolues
- Allergie à la phénytoïne, aux hydantoïnes ou à l'un des excipients
- Troubles du rythme cardiaque : bradycardie, blocs cardiaques
- Association avec de nombreux médicaments antiviraux, antifongiques et psychotropes
Précautions importantes
Surveillance cardiaque : Obligatoire pendant l'injection avec possibilité d'arrêter immédiatement.
Risque de convulsions paradoxales : La phénytoïne peut aggraver certains types d'épilepsie (absences, crises myocloniques).
Surveillance biologique : Contrôle régulier des concentrations sanguines et de la formule sanguine.
Conduite de véhicules : Déconseillée en raison des effets sur la vigilance et la coordination.
Excipients : Contient de l'alcool et du propylène glycol nécessitant des précautions chez l'enfant, la femme enceinte et en cas d'insuffisance hépatique.
Grossesse et allaitement
Grossesse
Risque tératogène établi : La phénytoïne augmente le risque de malformations congénitales (fentes labio-palatines, malformations cardiaques, microcéphalie) et de troubles du développement neurologique.
Utilisation déconseillée sauf en l'absence d'alternative thérapeutique moins risquée.
Si utilisation nécessaire : - Dose minimale efficace - Surveillance prénatale spécialisée - Supplémentation en vitamine K avant l'accouchement - Supplémentation en vitamine D au 3ème trimestre
Allaitement
Passage dans le lait maternel : La phénytoïne est excrétée dans le lait en faibles concentrations.
Allaitement déconseillé pendant le traitement par phénytoïne.
Femmes en âge de procréer
- Test de grossesse avant instauration du traitement
- Contraception efficace obligatoire (non hormonale car risque d'interaction)
- Information sur les risques pour le fœtus
Interactions médicamenteuses
Associations contre-indiquées (ne jamais associer)
Antiviraux : Cabotégravir, fostemsavir, rilpivirine, sofosbuvir, velpatasvir et autres.
Antifongiques : Isavuconazole.
Psychotropes : Lurasidone.
Autres : Millepertuis, certains traitements de l'hépatite C.
Associations déconseillées
Anticoagulants oraux : Diminution de l'efficacité anticoagulante.
Contraceptifs hormonaux : Risque d'inefficacité contraceptive.
Antidépresseurs : Risque d'inefficacité ou d'augmentation des effets indésirables.
Autres antiépileptiques : Interactions complexes nécessitant un ajustement des doses.
Précautions d'emploi
Avec surveillance : Acide valproïque, fluconazole, isoniazide, cimétidine.
Médicaments dont l'efficacité peut être diminuée : Immunosuppresseurs, corticoïdes, hormones thyroïdiennes.
Évaluation par la HAS
La spécialité DIPHANTE 100 mg, comprimé quadrisécable (laboratoire KELA PHARMA) a fait l'objet d'une évaluation par la Haute Autorité de Santé :
- Indication évaluée : Traitement des crises partielles et des crises tonico-cloniques généralisées en monothérapie de deuxième intention ou en association
- Service Médical Rendu (SMR) : Important
- Justification : Le service médical rendu par DIPHANTE est important dans l'indication de traitement des crises partielles et des crises tonico-cloniques généralisées en monothérapie de deuxième intention ou en association
- ASMR : V (pas d'amélioration du service médical rendu)
- Justification ASMR : DIPHANTE n'apporte pas d'amélioration du service médical rendu dans la stratégie thérapeutique
- Référence : Dossier CT n°17121
Spécialités contenant PHÉNYTOÏNE SODIQUE
| Nom commercial | Forme | Laboratoire | Type |
|---|---|---|---|
| DILANTIN 250 mg/5 ml, solution injectable | solution injectable | ESTEVE PHARMACEUTICALS | Princeps |
| DIPHANTE 100 mg, comprimé quadrisécable | comprimé quadrisécable | KELA PHARMA (BELGIQUE) | Princeps |
Questions Fréquentes
La phénytoïne sodique est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
DILANTIN (forme injectable) est remboursé car réservé à l'usage hospitalier. DIPHANTE (comprimés) n'est pas remboursé malgré un SMR important reconnu par la HAS.
Peut-on prendre de la phénytoïne sodique pendant la grossesse ?
Non, sauf en l'absence d'alternative thérapeutique moins risquée. La phénytoïne augmente significativement le risque de malformations congénitales et de troubles du développement neurologique chez l'enfant à naître.
Quels sont les noms commerciaux de la phénytoïne sodique ?
DILANTIN (solution injectable pour usage hospitalier) et DIPHANTE (comprimés quadrisécables). Ces deux spécialités ne sont pas interchangeables en raison de leurs voies d'administration différentes.
Existe-t-il des génériques de la phénytoïne sodique ?
Non, aucun générique n'est actuellement disponible en France pour les spécialités à base de phénytoïne sodique.
La phénytoïne sodique nécessite-t-elle une ordonnance ?
Oui, il s'agit d'un médicament sur liste II nécessitant une ordonnance médicale. DILANTIN est de plus réservé à l'usage hospitalier et aux situations d'urgence.
Combien de temps peut-on prendre de la phénytoïne sodique ?
La durée dépend de l'indication. En urgence hospitalière, l'utilisation est ponctuelle. Pour l'épilepsie, le traitement peut être prolongé sous surveillance médicale stricte avec contrôles biologiques réguliers.
Quels examens de surveillance sont nécessaires ?
Dosages réguliers des concentrations sanguines de phénytoïne, surveillance cardiaque lors des injections, contrôle de
Sources et mentions légales
Sources :
- RCP officiel, Base de Données Publique des Médicaments (BDPM) — ANSM
- Consulter la fiche BDPM
Les informations de cette page sont issues de la Base de Données Publique des Médicaments (BDPM) de l'ANSM, mise à disposition sous licence Etalab 2.0.
Dernière mise à jour : 2026-02-13
Avertissement : Cette page est fournie à titre informatif uniquement. Elle ne remplace en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé (médecin, pharmacien). Consultez toujours un professionnel de santé avant de prendre, modifier ou arrêter un traitement médicamenteux.