FOSPHÉNYTOÏNE SODIQUE HEPTAHYDRATÉ
L'essentiel à retenir
La fosphénytoïne sodique heptahydraté est un antiépileptique de la famille des hydantoïnes (classe ATC N03AB05), utilisé exclusivement dans le cadre hospitalier. Cette substance active se transforme dans l'organisme en phénytoïne, l'antiépileptique de référence. Elle est principalement indiquée pour le traitement de l'état de mal épileptique et la prévention des crises convulsives après neurochirurgie ou traumatisme crânien. Commercialisée sous le nom PRODILANTIN par Pfizer, cette spécialité est réservée à l'usage hospitalier et d'urgence, sur liste II, et remboursée par la Sécurité sociale.
Indications thérapeutiques
La fosphénytoïne sodique est indiquée chez l'adulte et l'enfant âgé de 5 ans et plus dans trois situations spécifiques :
État de mal épileptique
Contrôle de l'état de mal épileptique de type tonico-clonique (anciennement appelé "grand mal"). Il s'agit d'une urgence médicale où les crises d'épilepsie se succèdent sans récupération de conscience entre elles.
Prévention et traitement post-chirurgical
Prévention et traitement des crises convulsives survenant après une intervention neurochirurgicale (opération du cerveau) et/ou un traumatisme crânien grave.
Substitution temporaire
Remplacement temporaire de la phénytoïne orale lorsque l'administration par voie orale est impossible ou contre-indiquée, par exemple chez un patient inconscient ou ayant des troubles de la déglutition.
Important : Cette substance active n'est pas efficace sur les épilepsies de type absence (petites crises d'épilepsie avec perte de contact brève).
Points de sécurité essentiels
Risques cardiovasculaires majeurs
- Surveillance obligatoire : électrocardiogramme, tension artérielle et fonction respiratoire en continu pendant toute la perfusion
- Matériel de réanimation : doit être immédiatement disponible
- Débit maximum : ne jamais dépasser 150 mg d'EP/min chez l'adulte et 3 mg d'EP/kg/min chez l'enfant
Erreurs de posologie potentiellement mortelles
- Concentration du flacon : 50 mg d'EP/mL, ne pas confondre avec la dose totale du flacon
- Flacon de 10 mL : contient 500 mg d'EP au total (et non 50 mg)
- Calcul des doses : toujours en équivalents de phénytoïne sodique (EP)
Populations interdites ou à risque
- Enfants de moins de 5 ans : contre-indiqué selon alerte ANSM
- Troubles cardiaques : contre-indiqué en cas de bradycardie, bloc cardiaque
- Grossesse : risques majeurs pour le fœtus (malformations)
Signes d'alerte nécessitant un arrêt immédiat
- Éruption cutanée, fièvre, gonflement des ganglions (syndrome d'hypersensibilité)
- Gonflement du visage, difficultés respiratoires (angioœdème)
- Troubles du rythme cardiaque, chute de tension
Comment ce médicament est-il utilisé ?
Formes pharmaceutiques disponibles
La fosphénytoïne n'existe qu'en solution injectable pour perfusion ou injection intramusculaire, réservée à l'usage hospitalier uniquement.
Administration intraveineuse (voie prioritaire)
Dilution obligatoire dans du glucose 5% ou sérum physiologique, concentration entre 1,5 et 25 mg d'EP/mL.
État de mal épileptique chez l'adulte
- Dose de charge : 15 mg d'EP/kg en dose unique
- Débit maximum : 100 à 150 mg d'EP/min (ne jamais dépasser 150 mg d'EP/min)
- Dose d'entretien : 4 à 5 mg d'EP/kg/24h, à débuter 12h après la dose de charge
- Débit d'entretien : 50 à 100 mg d'EP/min
Traitement ou prévention des crises chez l'adulte
- Dose de charge : 10 à 15 mg d'EP/kg en dose unique
- Dose d'entretien : 4 à 5 mg d'EP/kg/24h
- Débit : 50 à 100 mg d'EP/min
Enfants âgés de 5 ans et plus
- Dose de charge : 15 mg d'EP/kg pour l'état de mal, 10-15 mg d'EP/kg pour les autres indications
- Débit maximum : 3 mg d'EP/kg/min ou 150 mg d'EP/min (prendre le plus lent)
- Dose d'entretien : 4 à 5 mg d'EP/kg/24h
Administration intramusculaire
- Adultes uniquement et hors urgence
- Contre-indiquée chez l'enfant et dans l'état de mal épileptique
- Même posologie qu'en intraveineux
Ajustements posologiques
- Sujets âgés : réduction de 10 à 25% de la dose
- Insuffisance rénale ou hépatique : réduction de 10 à 25% de la dose
- Hypoalbuminémie : surveillance des concentrations libres de phénytoïne
Surveillance du traitement
Contrôle des concentrations plasmatiques de phénytoïne : - Prélèvement : au moins 2h après perfusion IV, 4h après injection IM - Concentrations cibles : 10-20 mg/l (phénytoïne totale) ou 1-2 mg/l (phénytoïne libre)
Noms commerciaux et présentations
Une seule spécialité contient cette substance active :
| Nom commercial | Forme | Dosage | Prix TTC | Remboursement |
|---|---|---|---|---|
| PRODILANTIN 75 mg/mL | Solution à diluer pour perfusion/injection | 10 flacons de 10 mL | Non communiqué | Remboursé |
Laboratoire : Pfizer Holding France Statut : Médicament de référence (pas de générique disponible) Prescription : Réservé à l'usage hospitalier, liste II
Effets indésirables possibles
Très fréquents (≥ 1/10)
- Système nerveux : nystagmus (mouvements involontaires des yeux), étourdissements
- Peau : démangeaisons (prurit)
Fréquents (≥ 1/100 à < 1/10)
- Système nerveux : fourmillements (paresthésies), troubles de l'équilibre (ataxie), somnolence, maux de tête, tremblements, troubles de la coordination, modification du goût, troubles de l'élocution
- Cardiovasculaire : dilatation des vaisseaux (vasodilatation), baisse de tension
- Digestif : nausées, vomissements, bouche sèche
- Oculaire : vision trouble, troubles visuels
- Auditif : bourdonnements d'oreilles, vertiges
- Peau : ecchymoses (bleus)
- Général : réaction au point d'injection, douleur au point d'injection, fatigue, frissons
Peu fréquents (≥ 1/1 000 à < 1/100)
- Système nerveux : diminution de la sensibilité, exagération ou diminution des réflexes
- Cardiovasculaire : arrêt cardiaque
- Oculaire : vision double
- Auditif : diminution de l'audition
- Digestif : diminution de la sensibilité de la langue
- Peau : éruptions cutanées
- Musculaire : faiblesse musculaire, contractions musculaires
Fréquence indéterminée (effets graves)
- Cardiovasculaire : troubles graves du rythme cardiaque, collapsus cardiovasculaire, décès
- Allergique : réactions anaphylactiques, syndrome d'hypersensibilité, angioœdème
- Peau : syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell, syndrome DRESS
- Sanguin : diminution des globules blancs, des plaquettes, anémie
- Hépatique : hépatite toxique
- Respiratoire : arrêt respiratoire
Contre-indications et précautions
Contre-indications absolues
- Allergie à la fosphénytoïne, phénytoïne, autres hydantoïnes ou aux excipients
- Troubles cardiaques : bradycardie, bloc sino-auriculaire, bloc auriculoventriculaire des 2ème et 3ème degrés, syndrome de Stokes-Adams
- Porphyrie aiguë intermittente
- Association avec la delavirdine (antiviral anti-VIH)
- Enfants de moins de 5 ans
Précautions d'emploi
- Surveillance cardiaque obligatoire pendant l'administration
- Maladies cardiovasculaires : hypotension, insuffisance cardiaque sévère
- Maladies hépatiques ou rénales : ajustement posologique nécessaire
- Conduite de véhicules : somnolence et troubles visuels possibles
- Diabète : peut augmenter la glycémie
Grossesse et allaitement
Grossesse
Risque tératogène confirmé : la fosphénytoïne peut entraîner des malformations congénitales graves : - Fentes labio-palatines - Malformations cardiaques - Anomalies de croissance et microcéphalie - Troubles neurodéveloppementaux
Utilisation : uniquement si aucune alternative n'est possible et après évaluation du rapport bénéfice/risque. Une surveillance prénatale renforcée est nécessaire.
Syndrome hémorragique du nouveau-né : administration de vitamine K recommandée à la mère le dernier mois de grossesse et au nouveau-né après la naissance.
Allaitement
Déconseillé : la phénytoïne passe dans le lait maternel. L'allaitement doit être évité chez les femmes traitées par fosphénytoïne.
Contraception
Interaction avec les contraceptifs hormonaux : la fosphénytoïne peut réduire l'efficacité de la pilule contraceptive. Une contraception non hormonale est recommandée.
Interactions médicamenteuses
Médicaments augmentant les concentrations de fosphénytoïne/phénytoïne
Risque de toxicité accru - Antifongiques : kétoconazole, fluconazole, miconazole - Antibiotiques : chloramphénicol, sulfamides - Anticoagulants : fluvastatine - Autres antiépileptiques : valproate de sodium, felbamate - Antidépresseurs : fluoxétine, fluvoxamine, sertraline - Divers : amiodarone, cimétidine, disulfiram, isoniazide
Médicaments diminuant les concentrations de fosphénytoïne/phénytoïne
Risque de perte d'efficacité - Antibiotiques : rifampicine - Anticancéreux : carboplatine, cisplatine, méthotrexate - Autres : théophylline, millepertuis, consommation chronique d'alcool
Médicaments dont l'efficacité est diminuée par la phénytoïne
- Anticoagulants : warfarine, apixaban, rivaroxaban
- Antiviraux : efavirenz, indinavir, ritonavir
- Contraceptifs hormonaux
- Corticoïdes
- Autres antiépileptiques : carbamazépine, lamotrigine, valproate
Interactions particulières
- Alcool : consommation aiguë augmente les concentrations, consommation chronique les diminue
- Hyperammoniémie : risque accru avec le valproate de sodium
- Tests biologiques : peut perturber les dosages de T4, glucose, phosphatases alcalines
Questions Fréquentes
Pourquoi utiliser la fosphénytoïne plutôt que la phénytoïne directement ?
La fosphénytoïne est mieux tolérée par voie intraveineuse que la phénytoïne. Elle provoque moins de réactions au point d'injection et peut être administrée plus rapidement, ce qui est crucial dans les situations d'urgence comme l'état de mal épileptique.
Que signifie "équivalents de phénytoïne sodique (EP)" ?
C'est une unité de mesure spécifique : 1,5 mg de fosphénytoïne équivalent à 1 mg de phénytoïne, désigné comme 1 mg d'EP. Cette conversion permet d'éviter les erreurs de calcul lors du passage d'un médicament à l'autre.
Peut-on administrer PRODILANTIN en ambulatoire ?
Non, PRODILANTIN est strictement réservé à l'usage hospitalier en raison des risques cardiovasculaires graves nécessitant une surveillance continue avec du matériel de réanimation disponible.
Sources et mentions légales
Sources :
- RCP officiel, Base de Données Publique des Médicaments (BDPM) — ANSM
- Consulter la fiche BDPM
Les informations de cette page sont issues de la Base de Données Publique des Médicaments (BDPM) de l'ANSM, mise à disposition sous licence Etalab 2.0.
Dernière mise à jour : 2026-02-13
Avertissement : Cette page est fournie à titre informatif uniquement. Elle ne remplace en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé (médecin, pharmacien). Consultez toujours un professionnel de santé avant de prendre, modifier ou arrêter un traitement médicamenteux.